Des médicaments dans les eaux wallonnes? Une vaste étude menée par le laboratoire de la SWDE

09.10.2017
 

 

La présence éventuelle de résidus de médicaments dans l’eau du robinet est devenue, à cause notamment d’études parcellaires et d’informations contradictoires, un sujet qui inquiète les consommateurs d’eau en Wallonie. Il était donc nécessaire de faire un état des lieux précis et de rassurer le citoyen.

Le Service Public de Wallonie a confié en 2013 au laboratoire de la Société wallonne des eaux, la réalisation d’un inventaire des substances médicamenteuses dans l’ensemble du cycle de l’eau : le projet « IMHOTEP » est né.

Quarante-quatre résidus de médicaments reprenant des représentants des 7 grandes classes thérapeutiques ont été recherchés dans plus de 1.500 échantillons prélevés dans un panel varié d’eaux provenant de toutes les étapes tant du cycle naturel de l'eau, que du cycle de l'eau potable.

L’heure des résultats : de quoi positiver !

Les conclusions de cette vaste étude, aujourd’hui arrivée à son épilogue, sont plutôt très rassurantes.  La qualité de l’eau du robinet en Wallonie est particulièrement saine et préservée des résidus de médicaments.

La quasi-totalité des résidus de médicaments suivis n’est pas retrouvée au niveau des captages wallons d’eau souterraine

Dans les eaux souterraines potabilisables (80% de l’eau distribuée)

Seules 3 des 44 molécules suivies y ont été retrouvées dans ces eaux brutes au moins une fois à des concentrations supérieures à 100 ng/l : la carbamazépine, un neuroleptique particulièrement persistant et deux antalgiques, le paracétamol et le tramadol.

Toutefois, pour 95% des 140 sites étudiés, la concentration de ces 3 molécules est inférieure à 15 ng/l. La quasi-totalité des résidus de médicaments suivis n’est donc pas retrouvée au niveau des captages wallons d’eau souterraine. Les rares molécules qui sont quantifiées le sont à l’état de traces infimes. Pour illustrer le propos : une concentration de 15 ng/litre correspond à la dissolution d’un cachet de paracétamol de 500 mg dans 6 piscines olympiques.

Dans les eaux de surface potabilisables (20% de l’eau distribuée)

Sept sites constituent la grande majorité des prises d’eau de surface exploitées pour produire de l’eau potable : la prise en Meuse à Tailfer et 6 barrages (Gileppe, Eupen, Robertville, Nisramont, Ry de Rôme et Bras). L’étude de ces sites a également montré que des traces de médicaments sont retrouvées dans ces eaux brutes. Si l’on fait la somme des concentrations obtenues pour les 44 molécules suivies, le micro-gramme par litre (1 µg/l) n’est même pas atteint.

L’eau potable

Les analyses d’eaux potabilisées ont permis de démontrer que les traitements mis en œuvre permettent d’éliminer les éventuelles traces présentes. Au robinet du consommateur, la concentration totale pour les 44 résidus de médicaments suivis est inférieure à 10 ng/l, soit 50 fois moins que la limite autorisée pour les pesticides soumis à des normes dans l’eau potable. Durant sa vie entière, le consommateur ingérera au maximum 76 mg de la totalité des molécules suivies.

Les eaux non destinées à la production d’eau potable

Les eaux souterraines sont particulièrement saines par rapport aux résidus de médicaments. Leur niveau de contamination est similaire à celle retrouvée dans les eaux potabilisables, c’est-à-dire quasi-nulle.

Les eaux de surface sont sensiblement plus affectées par les résidus de médicaments. De grandes variations du niveau de contamination des 43 cours d’eau étudiés ont été mises en évidence. Les rivières les plus affectées se situent au nord du sillon Sambre et Meuse, là où la densité de population est la plus importante. En moyenne, 11 des 44 molécules recherchées l’ont été à des concentrations supérieures à 100 ng/l. Mais inférieures à 1000 ng/l pour 95% des cours d’eau investigués.

Si l’on considère à la fois le pourcentage de détection et les niveaux de concentrations retrouvées, 5 classes pharmaceutiques ressortent : les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les agents de contraste iodés utilisés en imagerie médicale, les cardiovasculaires, les diurétiques et les neuroleptiques.

Les résultats du projet IMHOTEP démontrent l’excellente qualité des eaux potabilisables et potables wallonnes et valident l’expertise du laboratoire de la SWDE en la matière.

Une étude à suivre

Dans la suite de cette étude, une analyse fine de la littérature scientifique sera réalisée afin d’évaluer les risques encourus par les organismes aquatiques.

L’étude des effluents traités par les stations d’épuration est toujours en cours. Les prélèvements et échantillonnages effectués à l’heure actuelle concernent 80% de la capacité épuratoire wallonne (les stations d’épuration de >10.000 équivalents habitants). Certains composés, comme les agents de contraste iodés, sont retrouvés à des concentrations supérieures 1 µg/l au niveau de ces effluents. Par contre, d’autres molécules sont très bien éliminées via les traitements mis en place, ce qui valide les efforts effectués en matière d’assainissement.

Pas de risque, les études se poursuivent

En conclusion, il apparaît que la situation des eaux souterraines est particulièrement rassurante : la plupart des substances détectées le sont à des quantités infimes.

Le niveau de contamination de certains cours d’eau est cependant à surveiller. Des études éco-toxicologiques ont donc été initiées par la Wallonie et l’Europe afin d’évaluer les risques pour la faune et la flore aquatique, dès lors qu’il n’y a pas de risque établi pour l’espèce humaine. Par exemple, le programme Interreg France-Wallonie-Vlaanderen et la Wallonie financent un projet de 3 ans qui vise à étudier l’impact de ces molécules sur des organismes aquatiques placés dans des cages au niveau notamment de sites contaminés par les résidus de médicaments.

Les résultats du projet IMHOTEP démontrent l’excellente qualité des eaux potabilisables et potables wallonnes et valident l’expertise du laboratoire de la SWDE en la matière.